« L’expatriation m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui »

« C’est ma bulle ». Voilà la raison pour laquelle Valérie Dana me donne rendez-vous au club de natation situé à deux pas du magnifique Parque de El Retiro. Une bulle qui lui permet de se libérer quelques instants durant d’un quotidien parfois stressant.

En attendant, Madrid elle-même pourrait être comparée à une bouffée d’air frais pour celle qui a vécu 10 ans à Paris. « J’y allais très souvent, une partie de la famille étant établie là-bas. Paris est une ville magnifique quand on y va le week-end. Mais pour y vivre ? Elle n’est pas accueillante, et c’est très dur quand on a des enfants. » Tombée amoureuse, elle s’est pourtant établie dans la ville lumière. Et n’a pas réfléchi plus que ça lorsque son mari a décidé qu’il voulait partir vivre en Espagne. « Je ne suis pas mal tombée, raconte Valérie. Et à l’époque, c’était une ville opulente. »

La crise, elle encore

Puis la crise est arrivée. « On a vu les jeunes se prendre une baffe. En Espagne, on les a trop protégés. Ils pensaient que tout allait être facile, ils sont tombés de haut. » Sa fille, qui a grandit là, est actuellement aux États-Unis. Elle rêve de s’installer au Canada et ne reviendra probablement pas. Pourquoi le ferait-elle alors que l’Espagne « se meurt lentement, la gueule ouverte, tempête Valérie. Fin 2015, on sortait enfin de cette crise, mais depuis sept mois, on se retrouve sans gouvernement. On est en train de flinguer un pays… »

Alors pourquoi resterait-elle, elle ? Divorcée, la quinquagénaire aurait pu rentrer à Genève plus d’une fois. « Mes propres enfants n’ont jamais compris pourquoi je ne revenais pas. Mais je n’avais aucune raison de les séparer de leur père. Et qu’est-ce que je serai allée faire en Suisse ? »

Trouver un but à sa vie

Elle préfère se consacrer à son magazine, « ce projet qui donnerait un sens à ma vie à l’âge de 50 ans. » Après avoir travaillé dans une agence de publicité, qui collaborait avec des ONG, Valérie décide de créer une revue déjà existante en France sur un thème qui la touche, le cancer. « Les gens m’ont prise pour une folle de vouloir lancer un nouveau média ici. » Elle ne s’en cache pas, le projet est affecté par la situation du pays, « mais même si chaque numéro est un challenge et nous remplit de stress, quand il sort, c’est une réelle satisfaction. » La satisfaction de prouver que si l’on veut, on peut, credo de cette Suissesse. « Personne ne me donnait un mois de vie. Trois ans plus tard, la revue est toujours là, constate-elle. Peut-être que l’on zigzague un peu, mais au final, on arrive au but que l’on s’est fixé. » Malgré les barrières, malgré les aides de financement quasi inexistantes.

Demain peut-être, tout s’arrêtera. Elle n’en sait rien, elle verra bien ce que lui réserve le futur. Carrée, anxieuse, stressée, Valérie a depuis bien changé. « Vivre à l’étranger est une chance qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui. Et même si je n’ai pas trois voitures, que je ne roule pas sur l’or, je suis heureuse. Humainement, ça compense. »

IMG_1840

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s