Lisbonne et la fille aux cheveux rouges

Mercredi soir, aux environs de 22h15. Je marche dans les ruelles de Lisbonne, à la recherche du Quiosque São Bento. Autour de moi, pas âme qui vive. Enfin, un chat ou deux. Puis une musique, que j’entends au loin. Sur la place, quelques personnes attablées autour d’un verre, d’autres en train de se déhancher sur du lindy hop.

***

« La fille aux cheveux rouges, tu me reconnaîtras! », m’avait écrit Susanne une heure plus tôt. En un coup d’œil, je devine donc avec qui j’ai rendez-vous. Elle est là, à gauche de la piste, en train de partager une danse avec un Portugais. Je lui lance un sourire qu’elle me rend, et me rejoint à la fin du morceau.

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Le sourire de Susanne, dont elle ne peut se défaire. ©AH

« Hello! » « Hello! »  Entre une Vaudoise et une Argovienne, devinez quoi, l’interview se fera en anglais! En attendant, Susanne commande en portugais une bière pour elle, et me propose une Ginjinha, histoire que je teste cet alcool local. Les verres sont pleins, la discussion commence.

Le pourquoi de sa venue à Lisbonne? « Ma mère est Portugaise, mais ne me l’a jamais parlé. » Frustrée, Susanne décide de partir six mois pour apprendre la langue. Non pas six mois, mais six ans plus tard, la jeune femme est toujours là.

« Dans cette école, je me suis faite une amie qui voulait rester pour une année. Un jour, elle m’a demandé de l’accompagner pour trouver du travail. Pour rire, je suis allée dans un salon de coiffure demander s’ils avaient une place pour moi, explique-t-elle. Une semaine après, je commençais chez eux! » Elle continue, en se marrant. « Ma pote m’a lâchée et moi j’y suis restée quelques mois! Puis, un soir à une fête, un mec est venu me voir pour me dire qu’il adorait mes cheveux. Je lui ai dit que j’étais coiffeuse et que je cherchais un job. Le lundi, je commençais là-bas. » « Si facile que ça? » Je la dévisage, les yeux écarquillés. Elle rit aux éclats. « Ici, il n’y a pas besoin de montrer son CV, ils préfèrent voir tout de suite de quoi tu es capable. »

Tout quitter et recommencer

La coiffeuse passera quatre ans « very fun » dans ce salon. « Mais tu n’avais pas une vie en Suisse? » « Tu sais, je vivais dans un petit village, je n’avais rien… Ici j’avais trouvé un travail. J’ai juste appelé mon copain pour lui dire que j’étais désolée! » Elle en parle en riant. Entre parenthèse, celui-ci s’est bien rattrapé en offrant toutes les affaires de Susanne à sa nouvelle copine. « On était jeune, ce n’était pas très sérieux de toute façon. »

La jeune femme ne regrette aucunement son choix, elle qui a ouvert son propre salon il y a deux ans, et qui s’est installée avec son nouvel amoureux « qui pense que je m’énerve quand je lui parle. Alors que pas du tout; c’est juste que l’on s’exprime avec une certaine intonation en suisse-allemand! » Elle éclate de rire, encore.

Susanne, toute en légèreté, en sympathie, en joie de vivre. Tout semble vraiment si simple pour elle. N’y a-t-il vraiment aucun point négatif à cette expatriation dans le Sud?

« Quand je suis arrivée au Portugal, c’était difficile, m’avoue-t-elle. Il faut s’habituer à un mode de vie qui n’est pas le même. Ici par exemple, on te dit qu’on vient repeindre les murs le lendemain, et ils ne viennent jamais. Et quand tu fixes un rendez-vous, ils sont toujours en retard! » Quant à ses amis suisses, si la première année ils étaient tous au rendez-vous, « like crazy », les liens se sont petit à petit dénoués. « Ce n’est pas simple de garder contact. Surtout que quand je retourne au pays, tout est si cher que je peux à peine me payer un verre en soirée… »

Aussi, Susanne est bien heureuse d’avoir rencontré Patrick à Lisbonne, un Suisse allemand avec qui elle a noué des liens d’amitié. « C’est toujours bien d’avoir quelqu’un qui comprend ce que tu vis. Et surtout, il m’a ramené de la mayonnaise Thomy récemment! », s’exclame-t-elle. Car si la jeune femme retourne en Suisse deux fois par an pour revoir ses proches, elle en profite aussi pour remplir sa valise de mayonnaise et de sauce brune, deux indispensables!

***

Face à nous, une dizaine de danseurs répètent une chorégraphie. Le public applaudit. Susanne trépigne. Il est temps pour elle de retourner sur la piste de danse, sous les étoiles.

 

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