Bucarest, loin de tous clichés

Serge Gonvers est arrivé en Roumanie en 1994. L’état brut de Bucarest, la capitale, en aurait faire fuir plus d’un. Lui a préféré relever le défi : il n’est jamais reparti.

Pays pauvre, Roms à tous les coins de rues. Les clichés ont bon dos. A Bucarest, ce ne sont pas les quelques mendiants qui attirent le regard, plutôt les nombreux bâtiments qui en imposent. Façades ternes, sublime architecture. Effectivement abandonnés pour certains. Triste sort.

Il n’empêche, ici la ville vit, s’anime. Jeunes hipsters côtoient trentenaires chics et vieillards, mémoires vivantes de l’époque communiste de Ceausescu. Boutiques classes et grandes enseignes européennes s’alignent aux petites échoppes. Quelques touristes ici et là. Très peu. Entré dans l’Union européenne en 2007, le pays a depuis subi de grands changements. « Tout ceci n’existait pas avant, raconte Serge Gonvers, arrivé en Roumanie en 1994, à l’âge de 33 ans. C’était vraiment un autre monde. Il n’y avait quasiment pas de circulation, tout était gris, sans éclairage, les maisons tombaient en ruines… » Son premier appartement ? Coupures d’eau et d’électricité, voisins qui arrêtaient le chauffage sans crier gare pour ne pas avoir à le payer, toit qui s’envolait, pluie qui s’immisçait… « Un jour, une grosse boule rouge a été installée sur l’immeuble. Cela voulait dire qu’au prochain tremblement de terre, il tomberait ! », raconte-t-il en souriant.

Quand le hasard fait bien les choses

Oui, Serge Gonvers sourit. L’état pittoresque de la ville n’a jamais fait peur à ce « Valaisan de cœur ». « Freelance depuis quelques années, je cherchais un poste permanent, explique celui qui a fait ses armes dans le domaine financier, au sein de multinationales. On m’a proposé de m’installer en Roumanie; je ne savais même pas où c’était ! » Néanmoins l’occasion était trop belle de trouver un travail hors d’un pays, « où il est difficile de se faire une place au soleil ». « Je cherchais ce goût de l’aventure, au niveau professionnel. Ici, tout était à faire, au contraire de la Suisse; il s’agissait d’une époque de pionniers. C’était exactement ce que je cherchais. » D’un cabinet offrant des conseils aux investisseurs étrangers à la création de sa propre fiduciaire, Serge Gonvers a aujourd’hui rejoint Mazars, un grand groupe aidant des entreprises à s’implanter dans les méandres de la jungle de l’Est. Attiré par les opportunités, l’homme a fait son trou, évolué au fil des années, parallèlement à la ville.

Cinquième Suisse
Serge Gonvers, face à l’immensité de Bucarest. ©AH

« Tout s’est assez vite développé », explique-t-il tout en dégustant un loup de mer magnifiquement apprêté par l’un des chefs les plus réputés de Bucarest. « A l’époque, on comptait les restaurants sur les doigts de la main. » Contraste saisissant avec le moment présent. « Quant aux magasins, il n’y en n’avait pas. Couteaux, fourchettes, draps, oreillers… On rentrait de Suisse avec des valises pleines. » Aujourd’hui, il ne revient qu’avec de la raclette. « Valaisanne », tient-il à préciser. Et du Parfait. « Ma femme adore ça ! » Le vin ne lui manque pas : étonnamment, il semblerait que les Roumains en fassent du bon.

La Suisse non plus ne lui manque pas. Sa cabane dans la montagne, son « poumon » comme il l’appelle, il ne la rejoint que rarement. « Avant, j’y allais tous les étés. Mais désormais, on est bien installé; on a même une maison de famille aux pieds des montagnes. L’idéal pour faire de belles balades » ajoutant au passage qu’il rêverait d’y croiser un ours. L’exotisme.

Son pays natal, il y retourne entre autres pour rendre visite à sa fille, qui poursuit des études de médecine à Lausanne. « Elle avait le choix entre l’Angleterre, la France, la Roumanie et la Suisse. C’est elle qui a décidé de partir là-bas; je ne l’ai pas influencée, souligne-t-il. Elle qui a vécu toute sa vie ici a du mal à s’habituer à des choses très bêtes, comme les magasins qui ferment à 19h. Elle me dit que c’est trop calme, que c’est un pays pour les vieux « comme toi »! » Il rit. Elle s’étonne aussi qu’Internet soit si lent. La Roumanie possède la vitesse de connexion la plus élevée d’Europe. Déconcertés ? Je l’ai été. L’image faussée de la Roumanie. « Tant au niveau économique que personnel, le pays à un fort potentiel », même si des progrès restent à faire. Les idées ne manquent pas, les résultats se font attendre. « En 2016, on n’a toujours pas d’autoroutes pour rejoindre les autres villes », se désole Serge Gonvers.

Une drôle de similarité

En l’écoutant, les difficultés semblent tout de même moindres. En commençant par la langue. « Le roumain, on s’y fait », lance-t-il, avouant rapidement qu’après 32 ans, il le parle tout de même très mal. Le journal, il peut le lire, mais n’y prend aucun plaisir. A vrai dire, il est très aisé de s’en sortir à Bucarest: les jeunes grandissent avec la télévision en anglais et le parlent couramment, les vieux, eux, se souviennent encore de leur français. Fait curieux, le roumain, langue latine, est similaire au romanche. « En vacances en Engadine, ma belle-mère était ravie de pouvoir tout comprendre ! »

 

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2 réflexions sur “Bucarest, loin de tous clichés

  1. Super reportage. Pour y être allé en 2014, j’ai l’impression que les changements ont pris la vitesse TGV.
    Bravo pour ce magnifique interview.

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