A la rencontre de cette cinquième Suisse

Fin 2015, ils étaient plus de 760 000 Suisses à vivre à l’étranger. A quelques centaines près le nombre d’habitants du canton de Vaud. 11% de la population : les chiffres poussent à la réflexion. Si certains possèdent la double nationalité, que font les autres Suisses dans ces pays qui ne les ont pas vu naître? Ont-il dû déménager par obligation, pour un travail, par amour ou une toute autre raison? De Bucarest à Lisbonne en passant par Prague ou Londres, quelques expatriés racontent leur histoire, leur parcours de vie. J’vous ai pas dit? Cet été, grâce à l’aventure LiveTrotters, je pars à la rencontre de ceux qui forment ce que l’on appelle la cinquième Suisse.

Première étape: Valencia.

Patricia et Bruno Fantoni ont quitté le canton de Vaud pour ouvrir une maison d’hôte dans la région de Valence, en Espagne. Alors qu’il ne s’agissait pas d’un rêve mais plutôt d’un concours de circonstances, ils ne se verraient pas revenir en Suisse pour autant.

Cinquième Suisse
Bienvenue à Casa Rabat, maison d’hôtes de Bruno et Patricia Fantoni.

Selon mes interlocuteurs, il semblerait que certains Valenciens ne soient pas au courant que Rafelcofer existe, alors que cette commune de 1500 habitants ne se situe qu’à une heure de route de chez eux. Autant dire que vous n’en avez probablement jamais entendu parler ! C’est pourtant ici, dans la Communauté valencienne, que Patricia et Bruno Fantoni se sont installés. Coup du hasard. Ou presque. « Je venais en Espagne depuis toute jeune, raconte Patricia. Et mes parents se sont établis à Alicante à leur retraite. » Le choix du pays s’imposait à eux. Quitter la Suisse aussi.

Ils l’avouent, rien de tout cela n’était un rêve : codirecteur d’une entreprise où la situation devenait de moins en moins évidente, Bruno ne se voyait pas continuer ainsi 10 ans de plus. En parallèle, leur maison à Denges (VD) était devenue trop grande suite au départ des enfants. « On s’est demandé ce qu’on allait faire ». Ne s’imaginant pas profiter de la retraite à la cinquantaine, le couple décide de réunir ses compétences pour trouver un projet à réaliser, main dans la main : l’idée de la casa rural, maisons d’hôtes typiques dans les régions agricoles d’Espagne, était née. Entre autres prof de fitness et créatrice d’arrangements floraux, Patricia ne semblait pas avoir le profil requis. Elle s’en défend. « Je sais faire le ménage ! », rigole-t-elle.

Un billet pour la péninsule ibérique en poche. Quatre jours à sillonner les environs, à visiter « des biens horribles ». Patricia et Bruno auraient très bien pu revenir en terres helvétiques bredouilles et lâcher l’affaire s’ils n’étaient pas tombés sur cette maison située dans la comarque de la Safor. Une demeure de caractère, dans les prix qu’ils s’étaient fixés, bonjour le coup de cœur !

Une aventure sans histoire. Ou presque.

Et là, tout s’enchaîne. La maison à Denges est vendue « pour un montant qui nous aurait permis d’acheter un 4 pièces à Morges… ». Les accords de Schengen facilitent leurs démarches. Les enfants soutiennent leur décision. « C’est maintenant ou jamais, nous ont-ils dit. Ils ont très bien réagi », racontent-ils, encore étonnés. C’est du reste leur fille aînée, architecte, qui a réalisé les plans de la Casa Rabat.

Novembre 2012 signe ainsi le début d’une nouvelle vie, dans une région qu’ils ne connaissent pas, mais sous laquelle ils tombent sous le charme. « C’est vert, entouré de vergers. Il y a la plage d’un côté, les montagnes de l’autre…».

Cinquième Suisse
Le couple apprécie particulièrement les randonnées que la région leur propose.

Ils apprennent à la découvrir, l’apprécier le temps des travaux – deux ans -, et de quelques histoires rocambolesques, comme celle de ces gitans ayant détruit l’ancienne salle de bains pendant leur absence pour y récupérer du cuivre.

Le projet n’a pas été de tout repos, mas ils ne voient dans cette aventure que du positif. « On nous disait qu’on allait se faire avoir, on s’attendait à avoir de gros problèmes, des difficultés avec la paperasses. Oui, on a dû faire face à certaines exigences, mais finalement, tout s’est bien passé », souligne Bruno, ajoutant même que cela aurait été bien plus complexe en Suisse. « Ici, par exemple, quand on a l’autorisation, on construit. Il n’y a pas de problèmes d’opposition. »

Les gens du village les ont par ailleurs accueilli chaleureusement. Pas compliqués et très gentils selon leurs propres mots. Il faut dire que les Fantoni se sont adaptés, ont accepté de se plier aux règles d’un pays qui n’est pas le leur. « Ils ne nous ont pas demandé de venir, c’est à nous de faire des efforts », lance Bruno. Et Patricia de maugréer envers certains Suisses « qui sont là depuis 20 ans, et qui continuent de parler en français. » Eux se sont immergés dès le premier jour, lisant, regardant la télévision, écoutant la radio dans la langue romane. Et même s’ils se débrouillaient en espagnol, « on est retourné sur les bancs d’école pendant deux ans, deux fois par semaine. » Le Valenciano (ndlr : catalan méridional) par contre, c’est une autre histoire !

Les deux expatriés se sont malgré tout bien intégrés, et se sont surtout accoutumés à leur nouveau rythme de vie, aux horaires particuliers. S’ils lâchent facilement que « ça vient tout seul », ils ne peuvent s’empêcher de souligner la fâcheuse tendance des Madrilènes, clientèle très présente en haute saison, d’arriver tard à la Casa Rabat. « On les accueille régulièrement à 1 ou 2 heures du matin ! » En ce vendredi de juillet, les derniers vacanciers ont heureusement débarqués aux alentours de minuit. Et Patricia et Bruno ont eu le temps de partager dans le même plat non pas une fondue – mets qu’ils ont définitivement abandonné – mais une fideuà maison, la paëlla aux pâtes, avant d’être dérangé par la sonnette en milieu de soirée.

Cinquième Suisse
Bruno prépare la fideua, spécialité de la région de Valence. ©AH

Le travail n’est pas de tout repos, mais « on est heureux quand on est indépendants », préfèrent-ils dire, même si les nuits sont courtes.

Entre la préparation des déjeuners, l’accueil, les courses, le ménage, les repas, l’administratif, les hôtes s’accordent tout de même du temps, dès qu’ils le peuvent. « L’été, on essaie d’aller à la plage durant l’après-midi. Et en basse saison, on profite des randonnées ; il y a plein de sentiers, avec des ruines de châteaux, des sources. »

 

Cinquième Suisse
Patricia s’accorde une pause à la plage, située à 5km de Rafelcofer. ©AH

Leurs visages traduisent une certaine satisfaction. Ravis, ils ne retourneraient en aucun cas en Suisse. «Ça nous paraîtrait cher et compliqué. Et on a l’impression, quand on revient, que c’est tout petit, tout étriqué.» Malgré tout, quand ils se retrouvent en haut du Rabat, la montagne située juste à côté du village, le couple ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec son ancienne vie. « C’est comme si l’on était en haut du Montheron : Lausanne, c’est Gandia, Morges Oliva, et Rafelcofer, c’est Denges ! »

 

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3 réflexions sur “A la rencontre de cette cinquième Suisse

  1. Nous sommes heureux de voir les photos, et de lire ce magnifique article, qu’Aude a fait sur la famille Fantony.
    Cela prouve qu’ils ont fait le bon choix, et nous sommes très contents pour eux.

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